Le conseil supérieur du tourisme s’est réuni ce lundi 30 mai pour remettre un avis sur le Code wallon du Tourisme. Cette révision du code veut clairement soutenir ce secteur d’avenir représentant 6 % du PIB wallon. Une bonne nouvelle notamment pour le secteur des hébergements touristiques mais il y a un mais…

Le nouveau code imposera à tout exploitant d’un hébergement touristique, que celui-ci fasse l’objet d’une reconnaissance ou non par le Commissariat général au Tourisme, de réaliser une déclaration préalable auprès de l’administration par laquelle il atteste qu’il respecte différentes conditions (sécurité-incendie, casier judiciaire, durée minimale de séjour, assurance responsabilité civile, titre de propriété). Une solution pour faire face à la concurrence déloyale des hébergements touristiques ne respectant pas la législation. Un signal positif pour les hébergements touristiques autorisés en Wallonie !

Si la volonté de cette révision du code est de soutenir financièrement ce secteur d’avenir, des disparités flagrantes apparaissent cependant dans les soutiens financiers accordés aux différents types d’hébergements touristiques dont les hébergements de terroir ! Pour rappel, tout propriétaire d’un hébergement touristique autorisé peut bénéficier de subventions à l’aménagement et/ou à la mise en conformité de la sécurité-incendie de son hébergement. Une aide bien nécessaire pour concrétiser un projet d’accueil touristique de qualité au bénéfice du public.

Cependant, à la lecture du tableau récapitulatif des subventions accordées aux hébergements touristiques autorisés, on observe une augmentation quasi générale du taux et/ou du plafond d’intervention dans tous les secteurs sauf pour les hébergements de terroir. Un choix surprenant ! En effet, les hôtels, campings, villages de vacances et hébergements à la ferme bénéficient d’une augmentation allant jusqu’à 30 % de leur taux d’intervention et jusqu’à 50.000 € de leur plafond. De leur côté, les hébergements de terroir connaissent une diminution de 10 % de leur taux d’intervention et jusqu’à 14.500 € de leur plafond. Un contraste interpellant !

Subventions accordées aux hébergements touristiques autorisés

Ces coupes budgétaires pour les hébergements de terroir seraient justifiées par une offre jugée suffisante et un type de logement ne créant que peu d’emplois par rapport notamment aux hôtels.

Quels sont nos contre-arguments ? 

Retombées économiques des hébergements de terroir

Emplois directs

La gestion d’un hébergement de terroir (gîte ou chambre d’hôtes) n’est plus une activité qui s’improvise. C’est devenu une réelle activité professionnelle ! En effet, de nombreux propriétaires sont en activité professionnelle pour la gestion de leur hébergement. Sur les 700 propriétaires du réseau de la Fédération des Gîtes de Wallonie, près de 200 propriétaires (29 %) sont en activité professionnelle (indépendant à titre principal ou complémentaire). Une proportion non négligeable ! Ce statut permet à de nombreux propriétaires de réaliser une reconversion professionnelle ou d’obtenir un complément de salaire nécessaire.

Emplois indirects

Cette activité économique a également pour effet de créer et de maintenir des emplois indirects. En effet, chaque année près de 2.000.000 de nuitées (1) sont passées dans des hébergements de terroir en Wallonie représentant autant de consommation touristique (commerces de proximité, activités, restaurants…). Nos hébergements sont probablement ceux qui font vivre le plus directement l’économie locale. A la différence de l’hôtel, les personnes séjournant dans un gîte font régulièrement des courses alimentaires dans les commerces de proximité et chez les producteurs locaux pour leur séjour. En 2012, les dépenses de consommation touristique pour les touristes séjournant dans un hébergement touristique s’élevait à 231,5 millions contre 47 millions pour les touristes d’un jour (2). Notre secteur a donc des retombées indéniables sur toute l’économie wallonne !


Conservation du patrimoine immobilier

Le développement des hébergements de terroir permet de valoriser le patrimoine immobilier wallon existant et de participer à sa protection. En effet, la majorité des hébergements de terroir sont des biens immobiliers rénovés par leur propriétaire. Cette pratique évite donc l’achat de terrains et la construction de nouveaux bâtiments qui participent à renforcer la pression immobilière dans certaines régions. A l’inverse, les autres types d’hébergement participent très peu à cette conservation du patrimoine immobilier. Le sauvetage d’un immeuble préserve le tissu de la localité et évite la création de chancres. Cependant, avec la diminution des subsides, il sera plus difficile de conserver ou de rénover ce patrimoine wallon qui fait la richesse de notre territoire !

La qualité des hébergements de terroir

L’évolution des attentes des clients nécessite pour les propriétaires d’hébergements de terroir d’améliorer sans cesse la qualité de leur hébergement. Or, la diminution des subsides accordés aux hébergements de terroir autorisés aura pour effet de réduire les possibilités de rénovation pour un grand nombre de propriétaires. De facto, la qualité de ce type d’hébergements risque à long terme de diminuer et de voir, avec la concurrence forte du marché, la disparition de nombreux hébergements. Un choix d’autant plus surprenant que l’administration wallonne incite depuis quelques années notamment les hébergements de terroir à s’inscrire dans la démarche Wallonie Destination Qualité afin d’améliorer la qualité des services offerts aux clients. Un très mauvais signal envoyé au secteur comptant le plus grand nombre d’hébergements en Wallonie (3.740 en 2015) (3).

Une erreur d’appréciation de l’offre d’hébergements de terroir

La Wallonie compte près de 4.000 gîtes reconnus et “une étude récente de l’Observatoire du Tourisme wallon indique que ceux-ci représente 50 % de l’offre totale des hébergements mis sur le marché. Le niveau de l’offre est jugé suffisant et le taux de subvention est dès lors revu à la baisse.” (4)
Les chiffres annoncés ne sont pas acceptables car ils regroupent des hébergements autorisés et non autorisés pour justifier la réduction des subsides. Pour rappel, les hébergements non autorisés ne peuvent prétendre à des subventions. Même si ces hébergements font partie de l’offre touristique wallonne, il n’est pas concevable que la prise en compte de ces hébergements justifient la réduction des aides financières. Ces hébergements ont toujours existé au sein du paysage wallon. La situation n’est pas nouvelle.
De plus, la réduction des aides financières incitera encore moins les propriétaires d’hébergements non autorisés à faire autoriser leur hébergement. Cette tendance n’améliorera donc pas la vision du touriste vis-à-vis de notre secteur. Les objectifs de l’autorisation sont de “valoriser les hébergements touristiques autorisés des autres hébergements, de sécuriser et d’orienter le consommateur-touriste et, enfin, de stimuler l’exploitant à améliorer ses équipements pour rester concurrentiel” (5). De plus, la détention d’une autorisation officielle présente de multiples avantages pour le client : une dénomination protégée, une identification claire du produit pour le touriste, une garantie officielle que l’hébergement réponde aux normes de sécurité et d’équipement, une aide à l’investissement et un accès aux moyens de promotion officiels. Cette tendance aura donc pour effet de renforcer la confusion chez le consommateur. Un très mauvais point pour les hébergements autorisés déjà victimes d’une concurrence forte et parfois déloyale.

Une nouvelle distinction dans le code !

Actuellement, les aides financières sont identiques pour tous les hébergements de terroir. Cependant, la révision du code réalise une distinction nette dans les subsides accordés aux hébergements chez l’habitant et aux hébergements à la ferme. Accorder des plafonds d’intervention plus avantageux aux hébergements à la ferme parce qu’ils contribuent à la diversification du secteur invite à une question. Est-ce le rôle du Commissariat général au Tourisme de soutenir le secteur agricole dans sa diversification alors que la Direction Générale Agriculture pourrait le soutenir financièrement ? La question est posée !

 

1. Observatoire du Tourisme Wallon
2. Comptes satellites du Tourisme 2012 – Université de Namur
3. Observatoire du Tourisme Wallon
4. Proposition de révision du Code wallon du tourisme émanant du cabinet du Ministre René Collin
5. Commissariat général au Tourisme

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